Choisir entre climat et capital

Réaliser du profit, à tout prix, et de préférence aussi rapidement que possible. Ce principe est parfaitement inscrit dans le capitalisme. Mais cette pensée, à court terme, détruit notre environnement et menace la survie de l'humanité.

Cependant, ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d’elles. Chaque victoire a, certes, en premier lieu les conséquences que nous avons escomptées mais, en second et en troisième lieu, elle a des effets totalement différents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent ces premières conséquences. Les gens qui, en Mésopotamie, en Grèce, en Asie mineure et autres lieux ont utilisé la déforestation pour gagner de la terre cultivable étaient loin de s’attendre à poser de par ce fait les bases de l’actuelle désolation de ces pays, en détruisant avec les forêts les centres d’accumulation et de conservation de l’humidité.

[…] Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu’un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein, et que toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons, sur l’ensemble des autres créatures, de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement.

[…] Là où des capitalistes individuels produisent et échangent pour le profit immédiat, on ne peut prendre en considération que les résultats les plus proches, les plus immédiats. Pourvu qu’individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols qui incendièrent les forêts sur les pentes de Cuba et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible.

Friedrich Engels - Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme (1876)

Marx et Engels ne pouvaient évidemment pas avoir, au XIXe siècle, la connaissance ni la conscience que nous avons aujourd’hui face aux problèmes environnementaux et climatiques auxquels nous sommes confrontés. Mais ils ont cependant été des précurseurs au niveau de la pensée écologique. Ils ont expliqué que l’homme fait partie de la nature et que, s’il peut apprendre à connaître ses lois et à les utiliser, il ne peut pas utiliser ses richesses indéfiniment. Marx et Engels considéraient que le travail et la nature étaient les deux uniques sources de richesse. Ils ont mis en évidence le lien entre le système d’exploitation économique dans lequel nous vivons et ses conséquences sur la nature. Ils dénonçaient le fait que le capitalisme perturbait les échanges entre l’homme et la nature, qu’il épuisait et exploitait tant les hommes que la nature. Marx a, par exemple, émis un avertissement par rapport au développement forcené de l’agriculture chimique qui conduit à l’épuisement des sols. Aujourd’hui, des phénomènes tels que l’épuisement de certaines matières premières, la pollution des sols et des océans, la raréfaction de l’eau potable, la déforestation, la perte de biodiversité et la crise climatique témoignent avec d’autant plus de force de cette problématique. 

Dans le monde d’aujourd'hui, les connaissances et les moyens pour sauver notre planète sont disponibles. L’obstacle pour réaliser la transition écologique radicale nécessaire n’est pas d’ordre technologique. Où se situe alors le blocage ? Un exemple : les pays européens dépensent plus de 112 milliards d’euros par an pour subventionner la production et la consommation de pétrole, du gaz ou du charbon, et ce, malgré la promesse de supprimer ces subventions d’ici 2020, conformément à l’accord signé à Paris fin 2015. Serait-ce lié au fait que la troisième plus grande entreprise d’énergie et premier producteur d’électricité au monde, Engie, ex GDF-Suez, a tenu à être l’un des principaux soutien financier de ce sommet international ? Et n’est-ce pas la même logique du profit et de la concurrence qui pousse toute l'industrie automobile à truquer les moteurs pour faire croire qu’ils sont moins polluants, ainsi que l’industrie agro-alimentaire à utiliser intensément toutes sortes de pesticides ?

Marx démontre qu’il ne peut en être autrement sous le capitalisme, puisque les grands actionnaires et patrons des grandes entreprises font des choix en fonction de ce qui est immédiatement le plus rentable pour eux, à court terme, et non en fonction des intérêts de la population mondiale et à plus long terme. L’accumulation de capital et la course au profit sont la motivation ultime et la règle contraignante du capitalisme.

La crise écologique est aujourd’hui un argument supplémentaire pour revenir à Marx et pour poser la question fondamentale de la sortie du capitalisme et de ses lois du marché. Afin de sauver le climat et l’humanité, le choix s’impose du passage à une société où les grands leviers de l’économie seraient dans les mains de la collectivité et où la production serait démocratiquement planifiée et organisée en fonction des besoins de la population et de la planète.

Photo David Nunuk

 


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