La lutte des idées pour changer le monde

Chaque époque engendre ses idées propres, en fonction du développement matériel de la société. Et on ne voit pas les choses de la même façon si l’on vit dans un petit appartement ou dans un château.

Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. […] Pour vivre, il faut avant tout boire, manger, se loger, s’habiller et quelques autres choses encore. Le premier fait historique est donc la production des moyens permettant de satisfaire ces besoins, la production de la vie matérielle elle-même, et c’est même là un fait historique, une condition fondamentale de toute histoire que l’on doit, aujourd’hui encore comme il y a des milliers d’années, remplir jour par jour, heure par heure, simplement pour maintenir les hommes en vie.

[…] Le second point est que le premier besoin, une fois satisfait lui-même, l’action de le satisfaire et l’instrument déjà acquis de cette satisfaction poussent à de nouveaux besoins.

[…] Il s’ensuit également que la masse des forces productives accessibles aux hommes détermine l’état social, et que l’on doit par conséquent étudier et élaborer sans cesse l’ « histoire des hommes » en liaison avec l’histoire de l’industrie et des échanges.

[...] La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination.

Karl Marx & Friedrich Engels - L’idéologie allemande (1845)

Marx a révolutionné la manière de concevoir le monde. Il s’opposait aux philosophes allemands de son époque, qui se contentaient de partir de leurs idées pour interpréter le monde et pour rêver d’un monde meilleur. Marx et Engels sont partis du fait que les hommes doivent en premier lieu se nourrir, se loger et s’habiller. Ils ont donc étudié l’histoire des sociétés humaines et des changements qui s’y produisent non pas à partir des idées que les hommes s’en font, mais à partir de leurs conditions matérielles. En affirmant leur méthode matérialiste et révolutionnaire ils ont fondé une science de l’Histoire, le matérialisme historique.

Marx et Engels affirment que les transformations historiques et les révolutions sociales sont préparées par des transformations dans la production. Et elles se produisent quand le développement des forces productives (les outils, les machines, les hommes qui les utilisent, les connaissances et les savoir-faire) entre en contradiction avec les rapports de production.

La Révolution française en 1789 a été l’aboutissement d’un processus souterrain de transformation dans le mode de production, processus qui a créé puis accentué de nouvelles contradictions dans la société féodale. C’est sur ce terreau, dans les villes où les manufactures et les échanges marchands ont pris de plus en plus de place, que se sont développées de nouvelles idées, les idées des Lumières, qui ont remis en cause les idées dominantes dépassées et ont permis le déclenchement de la Révolution et l’accouchement d’un nouveau système.

Ces lois sur le développement des sociétés humaines battent en brèche l’idée fortement répandue que le système dans lequel on vit est immuable. Aujourd’hui, la classe dominante prétend que c’est « la fin de l’Histoire », qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme. Les pharaons d’Égypte, les empereurs chinois, les nobles du Moyen Âge étaient eux aussi persuadés que leur règne serait éternel et qu’aucune autre forme de société ne serait possible. Or, de nouveaux développements techniques et scientifiques, de nouvelles possibilités de production et les nouvelles conceptions qui les accompagnent ont alors conduit à des tensions sociales toujours plus grandes et finalement à une action humaine collective qui a changé le cours de l’Histoire.

Marx a montré qu’un tel changement de société ne tombe pas du ciel, ne naît pas dans le monde des idées – il est l’oeuvre d’hommes et de femmes qui entrent collectivement en action. « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, mais ce qui importe c’est de le transformer », dira-t-il à l’encontre des philosophes qui l’avaient précédé.

Photo Solidaire, Vinciane Convens


Soyez le premier à commenter

SVP vérifiez votre boîte email afin d'utiliser le lien pour activer votre compte.