Qui crée la richesse ?

Qui produit les richesses : les propriétaires des entreprises ou les travailleurs ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Sans les travailleurs, pas de richesse.

Quelle est la substance sociale commune à toutes les marchandises ? C’est le travail. Pour produire une marchandise, il faut y appliquer, y faire entrer une quantité déterminée de travail. Et je ne dis pas seulement de travail, mais de travail social. [...] Pour produire une marchandise, il faut que cet homme [le producteur] produise non seulement un article qui satisfasse à quelque besoin social, mais il faut encore que son travail soit un élément ou une fraction de la somme totale du travail utilisé par la société. Il faut que son travail soit subordonné à la division du travail qui existe au sein de la société.

[…] Nous arrivons donc à cette conclusion : une marchandise a une valeur parce qu’elle est une cristallisation de travail social. La grandeur de sa valeur ou sa valeur relative dépend de la quantité plus ou moins grande de cette substance sociale qu’elle contient, c’est-à-dire de la quantité relative de travail nécessaire à sa production. [...] La valeur d’une marchandise est à la valeur d’une autre marchandise comme la quantité de travail représentée dans l’une est à la quantité de travail représentée dans l’autre.

Karl Marx - Salaire, prix et profit (1865)

Pour Marx, la production de marchandises est la base qui permet de comprendre une société et son évolution. C’est pour cette raison qu’il a consacré toute sa vie à l’étude approfondie du capitalisme et de son fonctionnement. Une des choses essentielles sur lesquelles il fonde son analyse, c’est qu’il y a deux sources fondamentales de richesse : la nature et le travail. Par exemple, la fabrication d’une chaise nécessite, d’une part, du bois tiré d’un arbre qui pousse naturellement et, d’autre part, le travail pour planter, entretenir et couper l’arbre, puis le transformer en chaise. À la base de toute production de marchandise se trouve donc le labeur humain.

Dans le système capitaliste, le but de la production est la création de biens que l’on peut vendre sur le marché. Marx a démontré que c’est le temps de travail incorporé dans une marchandise qui lui donne sa valeur. Il faut, par exemple, beaucoup plus de temps pour produire une voiture que pour réaliser une chaise ou un pain et il ne viendrait à l’idée de personne d’échanger une chaise ou un pain contre une voiture. C’est, selon Marx, « le temps de travail socialement nécessaire » qui détermine la valeur d’un bien, c’est-à-dire le temps moyen nécessaire à sa production dans les conditions d’une société donnée. Ce sont donc bien les travailleurs qui créent la richesse.

Savoir qui est à la base de la création des richesses est évidemment crucial car cela détermine la place de chacun dans la société. Les classes dominantes, les grands patrons et les libéraux répètent en boucle que « ce sont les entrepreneurs qui créent la richesse », que les entreprises et les investisseurs sont les moteurs de la production, que le travail est un coût – le fameux « coût salarial » – et que le capital, lui, est la base de la création de toutes les richesses et de toutes les innovations. C’est pour cela, selon eux, qu’il faut chouchouter les actionnaires. Aucune politique de baisse d’impôt sur les bénéfices ou de baisse des salaires ne sera jamais suffisante pour les encourager et pour les remercier de leurs placements. On comprend alors tout l’intérêt à développer une propagande la plus efficace possible et à utiliser les moyens énormes à leur disposition pour faire entrer cette idée dans la tête de chacun, que ce soit à coup de slogans ou à l’aide de pseudo-experts, le plus souvent issus de grandes banques ou de fonds d’investissement.

Ce que Marx a démontré ici est donc fondamental. Cela permet de regarder le système productif selon un tout autre point de vue, plus réaliste, et de confirmer ce que ressentent intuitivement beaucoup de travailleurs : la société pourrait survivre sans patrons ni actionnaires, mais elle ne pourrait jamais se passer du labeur quotidien de tous les travailleurs.

Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia


Soyez le premier à commenter

SVP vérifiez votre boîte email afin d'utiliser le lien pour activer votre compte.